Retour aux fondamentaux de la maison de vacances : l'architecte Line Nørskov Eriksen évoque le patrimoine culturel de la maison de vacances

Retour aux fondamentaux de la maison de vacances : l'architecte Line Nørskov Eriksen évoque le patrimoine culturel de la maison de vacances

Au cours des dernières décennies, la maison de vacances a évolué, passant de petites maisons en bois chaleureuses à des logements de vacances standardisés. Mais nous devons rester attentifs à l'évolution de l'architecture de la maison de vacances. L'architecte Line Nørskov Eriksen explique comment mieux préserver le patrimoine culturel séculaire de la maison de vacances et nous éclaire sur la direction que prendra la maison de vacances de demain.

Préférez-vous écouter le récit de Line Nørskov Eriksen ? Écoutez ici l'épisode 3 du podcast « Sommerhusliv » de Landfolk.

Nous rencontrons Line Nørskov Eriksen, architecte et directrice des expositions, dans la tiny house A45 conçue par un architecte, qui, à l’occasion de l’exposition actuelle SOMMERHUS au Centre Utzon d’Aalborg, se dresse au milieu de la cour intérieure du musée. Entièrement recouverte de bois et offrant une vue sur les nombreux visiteurs du musée qui passent devant, notre conversation s’engage sur le regain d’intérêt pour la maison de vacances danoise.

L’odeur du bois dans cette petite maison de vacances nous amène à évoquer le fait que c’est précisément le bois que beaucoup associent à une véritable maison de vacances. Mais selon Line Nørskov, il faudrait tirer la sonnette d’alarme si quelqu’un prétendait savoir ce qu’est une véritable maison de vacances.

– Quand on examine l’histoire et l’architecture de la maison de vacances, on constate qu’elle a évolué au fil du temps. La maison de vacances a pris des formes très diverses, mais fondamentalement, la tradition de la maison de vacances repose sur l’idée de la belle vie. Elle est profondément ancrée dans l’histoire culturelle européenne et remonte aux Romains, qui construisaient des villas en dehors de la ville, car on considérait que la ville était impure et que la nature était authentique.

La vie hors de la ville

D’un point de vue historique, les premières maisons de campagne font leur apparition à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Ce phénomène est lié à l’urbanisation de la société, qui a soudainement poussé les gens à vouloir quitter la ville. Les classes sociales les plus aisées construisaient depuis longtemps des maisons de campagne, comme on les appelait à l’époque, mais la croissance économique a permis à une partie plus large de la population de pouvoir également s’offrir une maison de vacances.

– L’idée selon laquelle nous retrouvons notre moi authentique lorsque nous sommes en pleine nature fait partie intégrante du récit de la vie en maison de vacances. La maison de vacances est ce refuge qui nous éloigne du quotidien urbain.

Quelle évolution a-t-on observée ces dernières années dans notre conception commune de la maison de vacances ?

– C’est surtout depuis les années 80 et 90 que les maisons de vacances ont connu une forte expansion. Au cours des années 60 et 70, on construisait des maisons de vacances d’environ 50 à 60 mètres carrés, alors qu’aujourd’hui, il n’est pas rare qu’elles atteignent 200 mètres carrés, voire plus. Souvent, il s’agit en réalité de véritables palais de vacances somptueux, construits sous prétexte d’être des maisons de vacances, mais qui, en réalité, sont bâtis dans le seul but d’être loués.

> Je pense qu’il faut s’assurer de privilégier la fonctionnalité avant de se préoccuper de la taille

Line explique qu’on parle aujourd’hui d’un phénomène de « double résidence ». Cela signifie tout simplement que la plupart des résidences secondaires construites aujourd’hui ressemblent tellement aux résidences principales que la différence entre le domicile habituel et la résidence secondaire est à peine perceptible.

– Le problème, c’est que lorsque les choses deviennent trop décadentes et conformistes, cela commence à influencer le comportement des gens. Ce n’est pas qu’il y ait quoi que ce soit de mal à avoir une télévision à écran plat ou le chauffage au sol, mais nous devons prendre conscience que si ce que nous recherchons est autre chose, nous devrons alors nous aménager différemment, en fonction de la vie que nous voulons mener.

Nous devons nous inspirer de la nature pour comprendre l’architecture

Selon Line, il faut une architecture tout à fait particulière si nous rêvons que la maison de vacances serve de cadre à une existence plus paisible et authentique. Elle explique que la maison de vacances était traditionnellement construite pour être utilisée en été, et que, tout au long des années 50 et 60, on a rapidement constaté que les architectes expérimentaient une approche floue entre l’extérieur et l’intérieur.

– La maison de vacances n’étant pas destinée à être utilisée toute l’année, on peut économiser quelques mètres carrés et les intégrer à une terrasse. La terrasse est un exemple très concret de motif architectural qui permet de se rapprocher de la nature.

– Je pense qu’il faut veiller à réfléchir en termes de fonction avant de réfléchir en termes de taille. Certaines maisons de vacances sont situées au bord de l’eau, d’autres au cœur de la forêt, mais elles ont toutes en commun le fait que, chaque fois que l’on construit ces maisons, le paysage est différent. Si l’architecture doit inspirer un certain mode de vie, elle doit alors s’imprégner profondément du lieu où elle est construite. Au lieu d’inventer une architecture qui, selon nous, pourrait constituer une forme intéressante à cet endroit précis, la maison s’intègre naturellement au paysage. Et c’est un récit qui ne se démode pas. C’est une qualité qui perdure.

> Ainsi, lorsque les maisons de vacances deviennent trop grandes, trop complexes et trop gourmandes en ressources, cela représente une bombe sous la culture de la maison de vacances

Doit-il y avoir une différence entre passer son week-end dans un lotissement et dans une maison de vacances ?

– Par rapport au fondement conceptuel de la maison de vacances, il doit nécessairement y avoir une différence. C’est en fait assez étrange que nous vivions au quotidien dans ces grandes boîtes blanches, et que, lorsque nous voulons vraiment nous faire plaisir, nous partions dans de minuscules cabanes en bois, mais ce contraste souligne la singularité de ce qui s’y oppose. En ce sens, la vie quotidienne et la vie en maison de vacances ont sans doute besoin l’une de l’autre.

– À cela s’ajoute la question de savoir si nous devrions vraiment avoir deux résidences principales, deux voitures et des ampoules à incandescence dans nos luminaires. Nous devons prendre conscience que nous ne pouvons pas nous permettre d’utiliser autant de ressources. Lorsque nous construisons ces grandes maisons résidentielles à l’année en pleine campagne, c’est le paysage qui en paie le prix. Et nous n’en disposons qu’en quantité limitée. Ainsi, lorsque les maisons de vacances deviennent trop grandes, trop complexes et trop gourmandes en ressources, cela représente une bombe sous la culture de la maison de vacances.

À quoi ressemblera donc l’architecture de demain si nous voulons préserver le patrimoine culturel de la maison de vacances ?

– Il existe deux voies durables à suivre. La première consiste à concevoir la maison de vacances sur mesure en fonction du site et à imaginer qu’elle y restera pendant de nombreuses années, à l’instar des maisons d’origine du XIXe siècle. La maison de vacances dans laquelle nous nous trouvons est un modèle modulaire préfabriqué, qui peut être déplacé dans la campagne grâce à des fondations à vis et qui ne laisse donc qu’une faible empreinte écologique sur le terrain. La durabilité n’est plus une option que l’on choisit ou que l’on rejette. C’est une réalité à laquelle nous devons faire face, et nous devons globalement nous habituer à construire plus petit et en nous inspirant de la nature.

Nous sommes assis là, à regarder autour de nous dans cette petite maison de vacances avec vue sur le ciel bleu limpide, et cela suscite clairement des réflexions chez nous et chez Line.

– Nous allons sans doute devoir nous demander si nous pouvons nous permettre d’occuper autant d’espace. Il peut s’agir de laisser les arbres en place. De caractère temporaire. De sobriété. De grands rêves sur de petits mètres carrés. Et puis, bien sûr, de matériaux respectueux du climat.

– Je ne sais pas si l’on peut parler d’un véritable changement de paradigme, mais nous observons une tendance et un intérêt accru pour la durabilité. Les nouveaux architectes ont grandi avec une pensée écologique, tout comme les enfants et les jeunes d’aujourd’hui grandissent avec les plateformes numériques. C’est en quelque sorte une seconde nature. Je trouve extrêmement encourageant de voir que la durabilité ne se présente pas comme un style ou une expression superficielle.

– La durabilité fait partie intégrante de l’essence même de la maison, et cela s’inscrit en fait parfaitement dans l’idée fondamentale de la maison de vacances : le retour à la nature et une vie un peu plus authentique. En réalité, on pourrait imaginer que tout cela finisse par former un tout harmonieux.

Ditte Nylander

Écrit par Ditte Nylander

juin 2022

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